Recrutement 2.0, français 2.0 et politesse 2.0
Je ne sais pas si c’est le printemps qui fait ça, ou simplement une conjoncture exceptionnellement favorable aux NTIC, mais je reçois quotidiennement quatre ou cinq “propositions de collaboration” de la part d’entreprises ou de SSII oeuvrant dans le nouveau web, comme elles aiment se définir.
Bien qu’actuellement en poste, j’aime bien recevoir ce genre de sollicitations : c’est bon pour l’ego, et, si ça se trouve, le job de ma vie va me tomber dessus, pouf, comme ça, sans prévenir. Malheureusement, tout n’est pas rose au pays du 2.0, et comme le montrent ces quelques chiffres pris sur les 20 dernières offres reçues :
- 15 admettent avoir trouvé mon profil sur ce blog mais 3 seulement affirment le lire régulièrement.
- 17 présentent plus de 5 fautes d’orthographe et de grammaire dans le corps du mail.
- 4 ont plus de 10 fautes de grammaire et d’orthographe.
- 11 oublient de me dire bonjour.
- 2 omettent de mettre un sujet à leur mail.
- 4 ont visiblement oublié qu’une phrase commençait par une majuscule et pouvait éventuellement contenir des signes de ponctuation.
- 9 font moins de 7 lignes signature comprise.
- 12 ne présentent pas leur société.
- 6 me disent travailler sur un projet faramineux qui va les emmener aux sommets du NASDAQ, mais une seule m’a vaguement dévoilé le sujet général du projet.
- 3 ont envoyé leur mail à eux même et à un certain “undisclosed recipients”.
- Une s’est prise une fin de non recevoir de ma part, et est tout de même revenue à la charge’
- Et j’en oublie certainement.
Que seraient des statistiques sans remarques ni interprétation ?
La première chose qui me vient à l’esprit est évidemment que ces gens là ont, pour la très grande majorité, appris le français sur Skyblog. Je sais bien que c’est un peu facile, mais cela pourrait expliquer pourquoi ils n’ont pas activé la correction orthographique de leur logiciel de courrier.
La seconde, qui pourrait expliquer pas mal de choses, est que, persuadés de devenir les futurs maîtres du monde, ils se permettent de prendre leurs futurs valets pour de la merde. Quand je vois l’attention que portent aujourd’hui les sociétés à la qualité orthographique et rédactionnelle des CV, je me dis que les offres d’emploi pourraient bien en faire autant.
Ma troisième pensée est quelque part un peu plus inquiétante. Il semblerait que la majorité des entreprises du web 2.0 amenées à me contacter aient été montées par des adolescents de 16 ans dans leur garage persuadés de se revendre quelques centaines de millions d’euros à Google dans quelques mois. Il risque d’y avoir des pleurs et des grincements de dents, sans compter une bulle 2.0 que je vois pointer à termes, encore que…
Et la quatrième va à I2BP. Vous avez un projet qui va révolutionner le web ? Vous pensez pouvoir faire fortune et voulez que nous collaborions ? Soit, mais dites m’en un peu plus alors. Si vous voulez que nous travaillions ensemble c’est que vous souhaitez nouer une relation de confiance avec moi. À vous de faire le premier pas pour que je vois qu’on peut vous faire confiance. Comme je le disais à un chef d’entreprise pas plus tard qu’aujourd’hui, je ne tiens pas à mettre le futur de ma famille entre les mains du premier abruti venu.
D’une manière plus générale, j’ai l’impression que les entrepreneurs 2.0 (en italique, pour ne pas choquer les entrepreneurs sérieux) confondent détente et je m’en foutisme, convivialité et impolitesse. Si vous souhaitez qu’on vous prenne au sérieux, et qu’on ne vous impute pas les erreurs de vos prédécesseurs, il serait bon, messieurs, que vous songiez à faire montre d’un peu de rigueur dans votre communication.
Sur ce, je vous laisse, j’ai des specs à terminer si je veux les rendre dans les temps.
À bon entendeur…

Commentaires
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Passionné d'informatique depuis l'âge de six ans, je travaille en tant que responsable qualité chez blueKiwi Software, éditeur spécialiste des outils collaboratifs en entreprise. Ma double formation en sciences politiques et en informatique me permet de porter un regard particulier sur les problématiques abordées par mon poste.
Jerome about 1 hour later:
Et encore ces statistiques ne concernent que les “entrepreneur 2.0” qui vous contactent. Que dire de ces même “entrepreneur 2.0” à qui on envoi une réponse quand ils postent sur un site spécialisé une offre d’emploi ? Neuf fois sur dix ils ne répondent pas, alors qu’ils se vantent de mettre en place des outils de collaboration, des réseaux sociaux ou d’autres “trucs 2.0” propre à révolutionner la société.
Guillaume about 2 hours later:
A mon avis les chiffres que vous donnez ne témoignent que d’une chose, c’est qu’on est à l’orée d’une nouvelle bulle et que tous les gens qui vous contactent sont effectivement des ados de 15 ans dans leur garage. J’ai de mon côté exactement le même problème. Ceci étant, je m’efforce quand même de leur répondre à chaque fois car je me souviens de mes débuts à moi aussi :!
Frederic de Villamil about 2 hours later:
Jérome : [mode j’ai les chevilles plus grosses que Maïté avec une bonne part d’autodérision] Ça c’est parce que tu cherches du travail. Moi j’attends qu’il vienne à moi[/mode]
Guillaume : moi aussi, la preuve, je viens de leur faire une réponse groupée (sic)
Zavie about 3 hours later:
Non c’est pas possible, tu bluffes (Martoni) ! O_o Enfin c’est sûr que tout de suite ça doit donner l’impression que ce sont effectivement des gens qui vont dominer le monde… ou pas. :-]
denis_banz about 5 hours later:
J’apprends ces informations avec intérêt, tout autant que l’analyse qui en est fait! Je ne suis néanmoins pas toujours d’accord : pourquoi ce transfert d’un émetteur sur des ado de 15 ans (supposé dans leur garage) Je m’interroge sur les, protagonistes du Web2.0 et je crois qu’il ne faut pas confondre immaturité et ignorance. Ce n’est pas parce que ces nouveaux acteurs ne savent pas bien s’exprimer qu’ils sont acculturés. Je reçois du courrier de Chine et j’accède aux demandes surtout parce que cette collaboration doit être sans faille pour être sans limite. Il est vrai qu’une demande web2 qui parle de gain matériel ne me semble pas très sincère. Le Web2.0 est mal définit encore aujourd’hui… Cordialement
Christophe Lauer [MS] about 14 hours later:
Merci pour le moment de détente que m’a procuré la lecture de ton billet. Excellent ;)
PoMM3 about 15 hours later:
C’est étonnant… je croyais à tord que la qualité des projets réalisés par les entreprises 2.0 reflétait aussi une amélioration des us et coutumes.
Quel point fort sur ton profil est le plus souvent recherché?
Même si tu n’as pas vraiment les moyens d’en être sur au moins pour donner ton impression.
Frederic de Villamil about 17 hours later:
Zavie : non, je n’ai plus de genoux, c’est différent (donc pas pareil).
Denis : deux choses : je ne vois pas le rapport entre vos phrases, et ensuite, l’évocation des ados dans le garage avait une certaine dose de second degré que vous n’avez pas forcément perçue.
Pomm3 : parce qu’en ce moment, trouevr le moindre stagiaire un tant soit peu compétent relève déjà du parcours du combattant, alors imagine un mec avec de l’expérience…
hoksitan about 18 hours later:
Encore une fois, cela me réconforte de penser que l’orthographe et la grammaire ne sont pas oubliés de tous. Mais c’est vrai que c’est vraiment irrespecteux de lire des annonces d’entrepreneurs pleines de fautes à la recherche de la perle rare de développeur, et qui sera payé à coup de lance-pierres… et encore si la fameuse startup marche !
PoMM3 1 day later:
Je suis d’accord avec toi. Cependant, mes collègues me prennent pour un tir au flan quand je leur tiens ce discours.
Sommes nous trop exigeants? Cherchons nous une flamme intérieure trop bien cachée?
Moe 1 day later:
Est-ce que tu reçois aussi des sollicitations d‘“amateurs” qui te proposent de collaborer -gratuitement- par exemple, à des projets super secrets ? S’expriment-ils mieux que les “professionnels” ?
Le score des fautes est assez impressionnant, surtout venant d’entreprises, ça fait peur.
Jacques Froissant 1 day later:
Frédéric : tes propos sont le reflet de ce qui se passe dans les PME en général. A savoir : pas de process de recrutement, 75% de non réponses aux CV envoyés,… C’est justement une des problématiques à laquelle Moovement cherche à répondre. A tous : en attendant vous pouvez toujours contacter Altaïde … (Comment cela c’est de la pub ?) Frédéric : je te rappelle que tu as un agent tout prêt à en discuter avec toi? ;-)
Frederic de Villamil 1 day later:
Hoksitan : ce qui me choque c’est le double discours de beaucoup d’entreprises qui exigent des CV et lettres de motivation dans un français irréprochable et les annonces qu’elles postent.
Pomm3 : et pourtant… J’ai remarqué que si pas mal de sociétés cherchaient souvent des profils spécifiques, elles ne les exploitaient pas ou peu. Et vu mon profil, mes employeurs sont soumis à un défi permanent :-)
Moe : ils ne s’expriment pas forcément mieux, mais ils sont nettement plus verbeux, comme si un déluge de mots allait me convaincre que leur projet vaut quelque chose. Et oui, il y en a pas mal, entre ceux qui me poussent à quitter mon job en me promettant une société à court terme, et ceux qui me proposent carrément de bosser sur leur projet sans quitter mon boulot, dans l’espoir que ça va rapporter… Comme je le dis souvent : on peut me prendre pour un imbécile autant qu’on veut, tant que je ne m’en aperçois pas.
Jacques : je savais que tu ne pourrais pas ne pas intervenir sur un billet commençant par “recrutement 2.0”, et tu as bien raison de faire de la pub dans ces colonnes, puisqu’elle est pertinente :-). Pour la non réponse aux CV, les grands groupes ne sont pas en reste, sans compter les entretiens au bout de 6 mois, ou les processus de recrutement de 9 mois. Je ne suis pas certain qu’une dizaine d’entretiens d’embauche soient vraiment nécessaires pour juger de la qualité d’un développeur, par exemple. Et j’en discuterai avec toi avec grand plaisir. Si tu lis ce commentaire, je t’enverrai certainement un mail dans la soirée.
PoMM3 1 day later:
Je réponds à moins de 5% des demandes de stages qui me sont envoyées. Seules ces 5% correspondent à un véritable effort de rédaction, présentation et politesse. Le reste c’est “presque” du spam. Et pourtant, je suis loin d’être un patron méchant.
Il est loin le temps du “j’envoie une belle lettre de motivation manuscrite”.
Donc il y a à manger et à boire des deux côtés.