Mozilla Prism amène les applications web sur votre bureau
La première application web digne de ce nom qu’il m’a été donné de croiser était une infâme usine à gaz en J2EE, lente à souhait malgré une architecture plus que respectable, mais qui avait le mérite de reproduire à l’identique l’application desktop dont elle était le portage. J’évoque souvent cette expérience, car, malgré bien des défauts, elle a marqué pour moi le jour où j’ai vu le web comme autre chose que du vent tout juste bon à causer des soucis de sécurité aux administrateurs système.
Je me rappelle très bien m’être alors fait la remarque – nous étions au mois d’août 2003 – qu’à la façon dont allaient les choses, les applications web pourraient rapidement remplacer leurs homologues de bureau tant elles palliaient les principaux défauts de ces dernières :
- Plus de problèmes de compatibilité entre les architectures, les systèmes d’exploitation et les bibliothèques graphiques. Même si les problèmes d’interopérabilité entre les divers navigateurs existent toujours, leur résolution est nettement plus aisé que le portage d’une application développée dans un langage compilé d’un système à l’autre.
- Plus de problèmes de copies piratées, puisque tout le contrôle se fait côté serveur. Il est certes toujours possible de se faire passer les identifiants, la mise en commun des documents avec les heureux possesseurs de mes accès risque fort de poser problème un jour ou l’autre.
- La décentralisation totale des ressources, permettant à tout un chacun de travailler de n’importe quelle machine sans avoir à rapatrier un profil, un parc applicatif, une configuration et des documents sauvegardés. Tout se ferait côté serveur, ce qui supprimait bien des problèmes d’administration.
- Dernier mais non des moindres, la solution à tous les problèmes de déploiement et de mise à jour posés par les applications de bureau sur les parcs de taille importante, malgré l’existence d’outils de déploiement automatisés.
- Ma réflexion sur le sujet du point de vue de l’utilisabilité y a plus tard apporté une pierre supplémentaire : la possibilité de supprimer de nombreuses applications toutes les fonctions inutiles dont personne ne se sert jamais et qui les rendent inexploitables ou sous-utilisées. Corollaire : la vente de licences avec différents niveaux de fonctionnalités adaptées aux besoins des utilisateurs. En un mot, remettre ce dernier au centre de la boucle dont il n’aurait jamais du sortir.
Je me rendais rapidement compte des obstacles opposés à l’avènement de ce monde entièrement décentralisé dans lequel l’application web – on ne parlait alors pas encore de web 2.0, nous en étions aux premiers balbutiements d’AJAX, et c’était alors la croix et la bannière pour avoir quelque chose qui marchait vraiment – régnerait en maître.
- Tout restait à faire en matière de portage. Nous sommes en 2007, soit quatre ans après ce premier contact, et la suite bureautique la plus aboutie a encore bien du chemin à faire.
- Même si nous sentions que les choses bougeaient, la crise de confiance dans les valeurs de la première bulle Internet restait tenace, et il faudrait beaucoup de temps avant que les marchés, et à travers eux le grand public s’en remettent.
- Je connaissais peu d’entreprises capables de confier leurs documents à une société tierce, quel que soit le niveau de confidentialité de ces derniers. Le passage par des appliances déployées chez le client pouvait bien résoudre ce problème, mais il déportait alors celui des mises à jour et du déploiement au niveau de l’éditeur, et non plus du SI de la société.
- Enfin, et non des moindres, dès lors que je dois ouvrir mon navigateur pour y accéder, une application web reste un site web, avec toute la connotation négative que cette notion peut porter.
La solution à ce problème se trouve peut-être du coté de Prism, nouvellement lancé par la R&D de Mozilla. Pour faire simple, Prism est un navigateur web ultra minimaliste, ne disposant pas de la sacro-sainte barre d’URL, et configuré pour n’accéder qu’à une seule application web. En clair, Prism amène vos applications web préférées sur votre bureau.

Les avantages côté utilisateur sont indéniables : les applications favorites se retrouvent désormais dans le menu de démarrage sans aucune distinction avec les autres applications, la configuration des applications web se fait une fois pour toute, et on se débarrasse de toute la partie navigateur qui n’est pas directement utile à l’utilisation d’une application web : barre d’URL, favoris, icônes de navigation…

Je n’ai pas pu tester Prism, qui ne tourne à ce jour que sous Windows, mais des portages sous Mac OS et Linux sont déjà en cours. L’équipe de développement souhaite étendre l’intégration de Prism avec Firefox, pour notamment permettre de transformer une application web en application de bureau d’un clic de souris, avec sauvegarde des préférences utilisateur, mots de passe, cookies… Il reste juste à voir ce que cela va donner en termes de performances sur des systèmes légers, et je pense là notamment aux pays en voie de développement, ou à des bornes publiques – qui a dit que j’avais trop joué à Cyberpunk 2020 ?
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Passionné d'informatique depuis l'âge de six ans, je travaille en tant que responsable qualité chez blueKiwi Software, éditeur spécialiste des outils collaboratifs en entreprise. Ma double formation en sciences politiques et en informatique me permet de porter un regard particulier sur les problématiques abordées par mon poste.
temps about 2 hours later:
Le poste est à la gloire de windows, mais le passé n’est pas forcément le futur. En d’autres termes, le système qui monte aujourd’hui, c’est ubuntu et google avec toute sa panoplie (document, analytics,…), qui me semble être des alliances bien supérieures à tout ce que nous pouvons rencontrer sous windows. Cordialement
sly about 2 hours later:
Mais… le web sans le navigateur ? Pas de navigation par onglets ? Pas de bouton “retour” ? Quelle est donc cette hérésie ?
Certes, en tant que développeur d’applis Web, le bouton retour et les accès directs par URLs sont parfois dérangeants car il permettent à l’utilisateur d’accéder à des données sans suivre le scénario. Pas dérangeant dans le cas d’une navigation ou d’un wizard, plus gênant par exemple dans une appli bancaire de gestion des comptes.
Mais pour moi en tant qu’utilisateur, c’est un besoin vital de pouvoir annuler, rechercher, revenir, parcourir un site “en largeur” en ouvrant des dizaines d’onglets… si l’on me supprime cela, je serais fort triste. GMail et Google Calendar s’en sortent assez bien sur l’historique de navigation, et ça m’embêterait vraiment de perdre ces fonctionnalités.
Florian Le Goff about 10 hours later:
Des versions de WebRunner sont disponibles pour MacOS… je l’utilise en ce moment même pour consulter mes e-mails sur GMail.
http://wiki.mozilla.org/WebRunner
Frederic de Villamil about 11 hours later:
Temps : le billet n’est pas du tout à la gloire de Windows, et je crois que tu n’as absolument rien compris à ce que je disais. Es tu certain d’avoir bien lu ou n’as tu regardé que les captures d’écran ?
Sly : ce n’est pas vraiment le web sans navigateur, et le but n’est pas là de naviguer, mais d’utiliser une application web de manière totalement transparente (c’est à dire en s’affranchissant du carcan du navigateur).
Florian : dans son billet, LabRats annonce que l’outil n’est pas disponible sous Mac OS X (et Prism est effectivement le nouveau nom de Webrunner).
spawnrider about 11 hours later:
@sly : Les boutons de navigations sont paramétrables. A savoir, tu peux choisir les boutons à ajouter à ta WebApp Prism. Cela dit, le but étant de faire une appli plutôt orienté Desktop, ces boutons ne doivent pas apparaîtrent … donc pas d’onglets, pas de retour arrière comme dans une application lourde. Aurais-tu vu dans AIR d’Adobe, des boutons retours ?
@Florian & all : Oui, WebRunner est l’ancien nom de Prism. Le portage de Prism sous Mac Os devrait se faire rapidement.
Jean-Sébastien Mansart about 11 hours later:
C’est une approche qui peut marcher, car contrairement à ce que veux faire Adobe avec AIR, Microsoft avec SilverLight et Sun avec JavaFX, on a pas besoin d’apprendre un nouveau langage, d’utiliser de nouveaux logiciels ou environnement de production. On fait une appli web comme on la faisait avant. On la fait juste tourner dans Prism, rien à faire de plus.
A voir comment ça va évoluer, et qui finira gagant ou si il y a des gagnants
Olivier BONNAURE about 13 hours later:
Je trouve curieux ce buzz autour de mozilla prism. Il est possible de faire la même chose avec konqueror depuis pas mal de temps, et personne ne semble s’en soucier.
Là seule différence serait le port sur toutes les plateformes ? Pour les curieux, j’ai écris un petit billet sur comment faire la même chose sous konqueror !
Julien Tartarin about 13 hours later:
C’est marrant, il y a quelques mois, en faisant des essais avec XUL (langage de prog des toolbars Firefox), je me disais qu’un projet intéressant à développer serait le mix d’un navigateur ultra minimaliste (comme Prism) et d’un service web qui créerait une interface XUL complète, 100% personnalisable et surtout, 100% indépendante du poste client (données et modules sauvegardés en ligne).
Aujourd’hui, on a de quoi synchroniser les bookmarks, les mots de passe, parfois les modules supplémentaires. Mais ça demande l’installation de modules supplémentaires sur chaque poste client…
L’intérêt est bien sûr moindre pour les personnes qui n’ont qu’un seul poste de travail.
Olivier about 13 hours later:
@sly : Les boutons “Précédent” / “Suivant” sont actuellement le propre des sites web. C’est là une des distinctions avec les applications Web. Combien de fois dans Gmail dois-tu cliquer sur ces boutons pour le faire foncrtionner. Réponse : 0. Dans les applications Web que l’on développe (la société qui m’emploie), Prism nous sera fort utile et au contraire, plsu de barre d’adresse et plsu de boutons “parasites” ne pourra que rendre plsu claire l’utilisation des applications. Je tenterai aussi de publie run billet sur le sujet, pusiqu’il mérite l’attention.
Thera 5 days later:
Une application bien inutile. Au contraire un programme comme Launchy (launchy.net) apporte un reel gain de temps et d’organisation.
Mathias 6 days later:
Le prototype de Prism est désormais dispo pour Mac & Linux : http://labs.mozilla.com/2007/11/prism-prototype-now-available-on-mac-and-linux/