Les gens sur le web utilisent-ils vraiment les tags ?
Je suis tombé récemment sur deux chiffres extrêmement intéressants concernant l’utilisation des tags dans les outils de publication sur le web, et sur les pratiques afférentes.
Le premier a été publié par Yahoo lors du WWW2008 de Pékin et concerne son service de bookmarking social Delicious, où 90% des utilisateurs et 95% des bookmarks sont rassemblés sous moins de 2000 tags, ce qui fait à la fois beaucoup et très peu.
Le second vient d’une présentation faite par Garrick Schmitt à l’IA Summit 2008 et concerne l’utilisation de la navigation par tags par les visiteurs de sites web : 87,8% d’entre eux n’ont jamais navigué à l’aide d’un nuage de tags ou ne le font jamais, et seuls 12.2% d’entre eux les utilisent régulièrement.
Les chiffres de Delicious sont intéressants à bien des égards. Si 2000 tags semblent beaucoup dans l’absolue, ce nombre est en fait extrêmement faible, et dû à trois facteurs :
Les utilisateurs de Delicious ont globalement des centres d’intérêts proches. Une étude sémantique sur les tags utilisés permettrait de déterminer à quel point, cependant, la liste des 10 tags les plus populaires est déjà relativement parlante :
- Design.
- Blog.
- Webdesign.
- Web 2.0
- Software.
- Tools
- Programming.
- Music.
- Art.
- Vidéo.
Cette communauté restreinte explique d’ailleurs également en partie les chiffres de Garrick Schmitt, mais pas totalement.
Parce qu’ils ont cette culture web – on pourrait presque parler de culture geek – les tags sont très majoritairement placés en langue anglaise. Cela permet de réduire le nombre de tags utilisés tout en assurant une certaine harmonisation qui facilite le suivi des documents mis en favoris via les flux RSS associés.
Enfin, delicious offre à ses utilisateurs une saisie prédictive des tags, de trois manières différentes :
- Suggestion des tags les plus populaires apposés au lien sauvegardé, quand ils existent.
- Suggestion des tags déjà présents dans mes favoris en rapport avec le document à sauvegarder.
- Autocomplétion des tags proposés et des tags déjà utilisés dans mes bookmarks.
Cette suggestion, si elle est fort pratique, ne pousse pas à l’inventivité ni à la l’élargissement du spectre des tags utilisés de manière plus globale. Elle n’explique pas non-plus la très faible utilisation des tags selon Schmitt, lequel, au passage, ne donne aucune information sur le spectre de la population interrogée.
En partant du principe qu’il s’agit d’une population d’internautes “normal”, comprenant plus de Madame Michu que je power users, je vois trois raisons quant à cette désaffection.
- Un usage trop nouveau et trop spécialisé pour être massivement adopté.
- Une utilisation non pertinente des tags.
- Une absence de mise en valeur du nuage de tags.
Le microformat rel=”tag” a été créé seulement mi 2005 par le moteur de recherche Technorati, afin d’affiner l’analyse sémantique des données collectées sur les blogs. Moins de trois ans plus tard, son adoption par les producteurs de contenus est déjà extraordinaire. L’usage qui en est fait est pourtant globalement maladroit ou erroné, le plus souvent par ignorance. Au delà de ce problème, le tag reste, comme le flux RSS, un outil de spécialiste de la recherche et de la veille, qui s’intéresse à des domaines spécifiques, et a donc des besoins de filtrage très pointus.
Pourtant, même les power users les plus acharnés avec lesquels j’ai pu discuter, parmi lesquels bon nombre de documentalistes formés aux outils du web 2.0 ne les utilisent qu’avec une grande réticence, et en dernier recours ou en complément d’éléments de filtrage croisés. Ils considèrent en effet que les tags sont le plus souvent utilisés de manière peu voire pas du tout pertinente, car leurs producteurs
- ne savent pas comment les utiliser.
- utilisent uniquement les “buzz words” du moment afin de générer du trafic. Cette pratique est particulièrement visible sur les blogs traitant de marketing viral.
- les utilisent volontairement de manière erronée afin de tromper les moteurs de recherche et les outils d’indexation, en un mot pour faire du SPAM.
Enfin, les nuages de tags sont trop peu souvent mis en valeur comme il le faudrait.
- Les tags les plus utilisés devraient être matérialisés par une police de caractère plus grosse que les tags les moins importants.
- Le nombre de tags affichés sur le nuage doit être suffisamment important pour que la classification soit pertinente.
- La place accordée au nuage de tags doit être suffisante importante pour que ce dernier soit lisible. À cet égard, je vous recommande celui de Bertrand Duperrin qui est un modèle du genre.
L’usage de la taxinomie sur le web est loin d’être répandue et très loin de devenir une généralité. La spécificité de ses communautés d’utilisateurs, le fait qu’il soit un outil de spécialiste, et son utilisation peu pertinente sont autant de freins à son développement. Quant à son utilisation dans le spam, il risque bien de la tuer avant même son adoption par les grands outils de recherche généralistes.

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Passionné d'informatique depuis l'âge de six ans, je travaille en tant que responsable qualité chez blueKiwi Software, éditeur spécialiste des outils collaboratifs en entreprise. Ma double formation en sciences politiques et en informatique me permet de porter un regard particulier sur les problématiques abordées par mon poste.
giz404 about 5 hours later:
Pour ma part, les tags me servent plus lorsque je suis désoeuvré et que je me livre avec joie à la serendipité… Cliquer sur un tag au hasard et se laisser surprendre, ça a son charme. Mais lorsqu’il s’agit d’être productif, je les utilise uniquement pour retrouver un bookmark (del.icio.us). En revanche, je n’ai pas le réflexe d’effectuer des recherches parmi les bookmarks des autres en utilisant les tags…
NiKo about 5 hours later:
Les nuages de tags ne m’ont jamais convaincu que comme outil de SEO, mais en tant que système de navigation c’est assez mauvais à mon goût (trop de tags, lisibilité, etc.)
Remy about 5 hours later:
2000…2000 mots … beaucoup ou pas beaucoup ? N’est-ce-pas le nombre moyen de mot utilisés par une personnes “standard” dans son langage courant ? une piste a suivre pour voir si il s’agit globalement de la meme liste (bien que plus technique et ciblé comme le montrent les 10 plus populaires)
Remy about 5 hours later:
2000…2000 mots … beaucoup ou pas beaucoup ? N’est-ce-pas le nombre moyen de mot utilisés par une personnes “standard” dans son langage courant ? une piste a suivre pour voir si il s’agit globalement de la meme liste (bien que plus technique et ciblé comme le montrent les 10 plus populaires)
Olivier about 6 hours later:
Les tags, pour ma part, je les utilise principalement pour 2 raisons :
Pour les nuages de tags, de mon avis, le seul gain pour le visiteur est de voir tout de suite les grands thèmes abordés sur le blog / site, après, je ne suis pas sûr qu’il les utilisera.
Nicolas Hoizey about 6 hours later:
Le problème essentiel des tags est justement qu’ils manquent un peu de valeur sémantique, et notamment de relations entre eux. On en vient à utiliser des tags en anglais même si l’on est français, ou simultanément les versions au singulier et au pluriel d’un même tag, juste pour être sûr de retrouver des liens intéressants en navigant par le nuage.
Si seulement on pouvait taper http://del.icio.us/tag/chat et trouver dans la liste, en plus des liens ayant le tag “chat”, des liens ayant le tag “cat”, “kitten”, etc.
Les tags sont aussi malheureusement trop attachés à chaque site/service sur lesquels on les utilise. Il n’y a pas de moyen simple à ce jour pour rechercher des contenus ayant le même tag sur différents services comme Delicious, Flickr et autres. J’ai tenté une intégration de Blogmarks dans Google par exemple, et je vais faire une version pour Delicious sous peu : http://www.gasteroprod.com/blog/blogmarks-encore-mieux-integre-a-google-avec-blogmarksingoogle-0.3.html
Pour ce qui est de bien mettre en valeur l’importance relative des tags dans le nuage, je pense humblement avoir fait un bon travail sur mon site : http://www.gasteroprod.com/#tagscloud
Nicolas Hoizey about 6 hours later:
Il y a comme un bug, je n’ai cliqué qu’une fois sur le bouton “submit”, et mon message est apparu deux fois…
Canardo about 6 hours later:
“87,8% d’entre eux n’ont jamais navigué à l’aide d’un nuage de tags ou ne le font jamais, et seuls 12.2% d’entre eux les utilisent régulièrement.”
Est ce qu’on oublierai pas dans le lot, ceux qui les utilisent, mais pas régulièrement !?
314r about 10 hours later:
Bonjour
Je ne suis que très modérément en accord avec la pratique qui consiste à utiliser une police d’autant plus grosse que le tag est important, a fortiori si “l’importance” d’un tag n’est mesuré que par la répétition de son utilisation. L’exemple de nuage que tu cites dans ton article en est une bonne illustration, avec un tag qui a un tel poids typographique qu’il écrase tous les autres; pas terrible pour l’accessibilité et la navigation.
Si on en revient à Mme Michu, utilisatrice de base, qui cherche une recette de confiture sur un site de cuisine : qu’est-ce qui va la pousser à chercher dans un gros nuage de tags un terme précis noyé au milieu d’autres, plutôt que d’utiliser un formulaire de recherche, ou de naviguer dans l’arborescence “classique” (catégories, sous-catégories etc…)?
A+
314r about 10 hours later:
Même bug que Nicolas Hoizey…
Nicolas Hoizey about 12 hours later:
314r, ton exemple n’est pas pertinent à mon avis, on n’utilise pas un nuage de tags pour rechercher une information précise, mais plutôt pour découvrir quels sont les contenus/thèmes les plus importants/courants/etc.
Si je cherche des recettes de confitures, je ferais évidemment une recherche. Par contre, le nuage de tags pourra m’indiquer qu’il y a plus de recettes de desserts que de recettes d’entrées, par exemple…
Samuel Martin about 16 hours later:
12,2% utilisant le système de tags.. je pensais avoir entendu 3,65% à la conférence WASP.. je m’en vais corriger mon article.
Neovov about 20 hours later:
Je suis d’accord avec 314r, je trouve que les nuages de tags n’ont que très peu d’intérêt comme ils sont présentés.
Proposer un mot qui a une taille plus grosse que les autres c’est le mettre en avant, mais aussi mettre en arrière les autres. Pour l’utilisateur qu’est-ce que ça veut dire ? Si je clique sur “microformats” je vais avoir beaucoup de billets qui vont parler des microformats. Mais ce n’est peut-être pas ce que je veux, me retrouver submerger par tant d’informations. A l’inverse, les mots en plus petits n’auront pas beaucoup de billets, mais c’est peut-être ce que je cherche ? Et peut-être qu’en fait il y aura 20 billets, contre 150 pour un tag qui a une police plus grande…
Tout ça pour dire qu’un mot n’est pas du sens. Le sens se forme suivant la combinaison des mots, alors, peut-être qu’un nuage de tags serait intéressant si on pouvait combiner les tags pour en extraire le billet qui parle des microformats dans rails ? (juste un exemple, en espérant que vous comprenez où je veux en venir)
Sinon je suis d’accord avec tes conclusions Frédéric, ces nuages sont très orientés geek & veille (même si je n’en ai jamais utilisé), l’intérêt pour le grand public est très limité pour l’instant. De plus, et je trouve qu’il s’agit du facteur le plus important, le tag est soumis au jugement de l’auteur (ce qui permet des dérives) qui manque souvent d’objectivité et de recul.
314r 1 day later:
@Nicolas Hoizey : vu comme ça c’est vrai que mon exemple n’est pas très pertinent, à condition que le nuage de tags ne deviennent pas le système exclusif (ou en tous cas le principal) de navigation sur un site, comme on le voit parfois. Quoiqu’il en soit, je pense vraiment que faire varier la taille des mots dans un nuage en fonction de sa fréquence d’utilisation est contre-productif.
A+!
314r 1 day later:
@Nicolas Hoizey : vu comme ça c’est vrai que mon exemple n’est pas très pertinent, à condition que le nuage de tags ne deviennent pas le système exclusif (ou en tous cas le principal) de navigation sur un site, comme on le voit parfois. Quoiqu’il en soit, je pense vraiment que faire varier la taille des mots dans un nuage en fonction de sa fréquence d’utilisation est contre-productif.
A+!